St Lazare

 

 

Nous voici de retour après une longue, très longue pause généalogique !

 

Nous reprenons nos recherches là où nous les avions laissées : Pourquoi Marie a-t-elle été emprisonnée ?

Nous avions alors émis l'hypothèse qu'elle avait pu être incarcérée à la prison de St Lazare, qui était alors la prison qui accueillait les femmes.

Mardi 15 avril, je profite de ma semaine de congés pour me rendre aux archives de Paris espérant pouvoir consulter les registres d'écrous de l'établissement. Finalement j'apprendrai que les registres d'écrous ne sont pas gardés sur le site de Paris mais dans les locaux annexes et je ne pourrai les obtenir que sous 3 jours.

Prisca et moi programmons donc de retourner aux archives le samedi suivant.

 

Samedi 19 avril 2014 :

A notre arrivée, deux énormes registres nous attendent ! Je suis toujours très impressionnée de prendre possession de tels monstres, âgés parfois de centaines d'années, avec leurs pages jaunies et friables...

Nous connaissons la date approximative de l'incarcération de Marie VINCENT : autour du 14 mai 1866. Nous savons qu'à cette date ses enfants, Marie-Antoinette et Oscar, ont été mis en dépôt aux Hospices de Paris à la demande de la Préfecture de Police. Et nous savons également que Marie était encore à Abbeville début mars de la même année à la naissance de sa fille. Le champ des recherches est ainsi réduit. Malheureusement, même au delà des dates mentionnées, nous ne trouvons pas trace du passage de Marie VINCENT à la prison de Saint-Lazare.

C'est une grosse déception. D'autant plus que nous savons que les recherches, en matière judiciaire notamment, sont limitées à Paris en raison de la destruction d'un grand nombre de documents sous la Commune en 1871. Cela a été le cas pour les documents détenus au Palais de Justice qui a été incendié.

 

Nous avions imaginé, assez naïvement, que lorsque l'on parlait de la détention de Marie VINCENT, il s'agissait forcément qu'elle avait été incarcéré dans une prison pour femme de la capitale. Après quelques recherches, nous nous apercevons qu'il peut y avoir d'autres alternatives.

Dans le dossier d'enfants assisté d'Oscar VINCENT, nous avons appris qu'il avait été abandonné en raison de l'extrême indigence de sa mère. Cela nous amène à penser qu'il y a une probabilité assez forte que Marie ait été arrêtée pour mendicité. Dans ce cas, il se peut qu'elle ait été admise ensuite dans l'un des deux dépôts de mendicité de la ville de Paris : le dépôt de mendicité de Villers-Cotterets ou le dépôt de mendicité de Saint-Denis. C'est une piste à explorer sérieusement mais les archives de Paris ne détiennent pas les registres d'écrous de ces établissements.

Nous pensons ensuite aux archives de la Préfecture de Police de Paris. En consultant l'état actuel des fonds, il semble que nous puissions avoir accès à certains registres d'écrous de ces dits dépôts de mendicité. Aussi, il existe un registre des dépôts près la Préfecture de Police pour la période 1823-1873. Afin de tenter de faire un point précis des sources qui pourraient nous être utiles, nous leur écrivons leur détaillant nos recherches. A suivre...

 

 

En quête d'informations sur le fonctionnement de la justice de cette époque, je tombe sur un article tiré de la Revue des Deux Mondes daté de 1887 et voici en résumé ce que l'on y apprend :

A Paris, la Préfecture de Police disposait d'un dépôt central dans lequel était détenu provisoirement toutes les personnes arrêtées dans la ville. Il y avait un secteur pour les hommes et un secteur pour les femmes. On ne restait pas très longtemps au dépôt central ; tout au plus quelques jours.

 

Ensuite 3 scénarii coexistaient :

1- La grande instruction : 

Les hommes étaient envoyés à la Prison de Mazas et les femmes à la Prison de St-Lazare où ils étaient incarcérés en attendant que leur affaire soit instruite et qu'il soient jugés.

2- La citation directe : 

Le prévenu est envoyé directement devant le tribunal de Police Correctionnelle. Il est alors de passage au dépôt judiciaire appelé dans le milieu "la souricière". Il y est détenu en attendant d'être jugé.

3- Les "sans-suite" : 

Dans ce cas, il n'est donné aucune suite à l'arrestation. Le "sans-suite" peut être décrété dans les bureaux de la Préfecture de Police et pas forcément devant le parquet. Le prévenu est alors libéré et dans de nombreux cas ne sait où aller car sans domicile ni ressources.

Cette dernière situation nous ramène à l'indigence de Marie VINCENT. A l'époque la justice faisait une différence entre vagabondage et mendicité. Le vagabond était toujours emprisonné. Le mendiant, lui, ne l'était que si la ville disposait d'un dépot de mendicité. Dans le cas contraire on pouvait considérer qu'il "avait une excuse".

Cet article est très intéressant en ce sens qu' il peut nous laisser penser que Marie a peut-être bénéficié d'un sans suite ou bien qu'elle a pu être dirigée vers un dépot de mendicité.

Voici nos prochaines pistes à creuser !